L’Humanité est un « corps » en constitution. Selon François Roddier, ce corps évolue vers un stade d’homéostasie. Comme l’ a fait le corps humain, il doit développer des rétroactions positives et négatives. L’impôt sur l’énergie semble être le meilleur candidat pour une rétroaction vigoureuse contre les énergies fossiles, le gaspillage énergétique et simultanément pour les énergies renouvelables et l’économie circulaire…

Dans son livre « Thermodynamique de l’évolution », François Roddier explique que toute l’évolution du monde est une auto organisation vers des éléments qui dissipent de plus en plus d’énergie, mais qui simultanément stockent de plus en plus d’informations et font émerger l’intelligence.

Il ne faut donc pas s’étonner qu’avec l’Humanité on assiste à deux explosions simultanées : une explosion de conscience et de connaissances et une explosion de consommation d’énergie.

Ces deux explosions sont intimement liées (consubstantielles) et découlent des lois de la thermodynamique

 

Vigueur inouïe de l’innovation

Il y a déjà plusieurs années, le Medef attirait l’attention des entrepreneurs sur l’importance de l’innovation en indiquant que les connaissances scientifiques et techniques de l’humanité doublaient tous les 7 ans, soit plus +10% par an, soit des connaissances multipliées par 13 780 entre 2000 et l ‘an 2100. Cette explosion de connaissances se caractérise par une vigueur inouïe

 

Le challenge de l’Humanité

Le vrai challenge de l’Humanité, à l’étape actuelle de son évolution, est d’utiliser cette explosion de conscience et de connaissances pour rapidement :

– sortir des énergies fossiles qui déséquilibrent l’effet de serre et dissipent de l’énergie endosmotique par rapport au corps (Terre ), énergie qui est essentiellement stockée dans les océans,

– sortir des énergies nucléaires qui contribuent peu, contrairement aux énergies fossiles, à l’augmentation des gaz à effet de serre mais qui néanmoins comme les énergies fossiles dissipent de l’énergie endosmotique par rapport au corps (Terre) et qui contribue aussi au réchauffement des océans

– utiliser exclusivement des énergies renouvelables qui respectent l’équilibre thermodynamique de la terre prise entre une source chaude, le soleil, et le froid interstellaire : énergie exosomatique du corps (Terre)

– atteindre l’excellence en matière d’efficacité énergétique. Étant donné qu’intelligence et dissipation d’énergie sont consubstantielles, le gaspillage d’énergie qui ne génère ni science, ni conscience est à éviter

– développer l’économie circulaire

Avec l’atteinte de tous ces objectifs l’Humanité se réinsère dans l’équilibre thermodynamique de la terre de façon identique à ce qu’elle faisait naturellement avant la première révolution industrielle et assure ainsi sa pérennité

 

Impact sur la compétitivité de l’industrie de l’UE

Dès que l’on évoque l’impôt sur l’énergie, il y a une levée de boucliers pour avancer que cela rendra non compétitive l’industrie de l’UE. Or l’UE, dans le cadre de la politique agricole commune, a fait la démonstration que l’on peut surcharger fortement un facteur de coût important d’une industrie sans affecter la compétitivité de celle-ci. C’est ainsi que dans l’UE, l’industrie des grains (blé, orge, mais) s´est développée pendant plus de trente ans avec des prix pour ces céréales deux à trois fois plus élevés que sur le marché mondial. Ceci n’a été rendu possible que grâce à un mécanisme de corrections aux frontières de l’UE : les restitutions à l’exportation et les prélèvements à l’importation sur les produits transformés des céréales

 

Loi de Pareto

Il apparaît ainsi tout à fait possible que l’UE instaure l’impôt sur l’énergie, en appliquant au secteur de l’énergie le mécanisme des restitutions à l’exportation et des prélèvements à l’importation. Cela peut être fait de manière simplifiée en s’appuyant sur la loi de Pareto, c’est à dire en limitant l’application du mécanisme aux 20% de produits à haute intensité énergétique qui représentent 80% de la consommation d’énergie.

 

Un impôt unique pour toutes les énergies ?

L’objectif de favoriser l’efficacité énergétique et l’économie circulaire semble être bien servi par la fixation d’un impôt unique par MW d’énergie primaire qui s’applique aussi bien aux énergies fossiles, nucléaires ou renouvelables (électricité renouvelable et biomasse). Pour fixer les idées, on peut imaginer, afin d’ implanter cet impôt progressivement, qu’ il soit de 2,5 € par MW/h pour la première année et qu’il augmente d’un montant identique chaque année pendant les 19 années suivantes pour se stabiliser à 50 € du MW/h. On notera qu’avec l’impôt unique sur l’énergie, l’électricité fossile et l’électricité nucléaire sont trois fois plus taxées que l’électricité renouvelable car l’électricité renouvelable est dans tous les cas primaire (transformation directe d’une énergie noble que ce soit le vent, la gravité (avec les barrages hydroélectriques), ou les rayons solaires, en une autre énergie noble (l’électricité) alors que pour l’électricité fossile ou nucléaire, il faut d’abord produire trois MW/h primaires de chaleur sous forme de vapeur pour récupérer un MW/h d’électricité (loi de Carnot). L’impôt unique sur l’énergie favorise la transition énergétique. On constatera que l’impôt unique sur l’énergie présente l’avantage de ne pas gêner l’utilisation de l’électricité renouvelable, que l’on stocke difficilement et dont la ressource peut être abondante (un hectare de panneaux photovoltaïques produit considérablement plus d’énergie qu’un hectare de biomasse), en substitution de la biomasse (bois et biogaz). La biomasse « énergie » doit être utilisée avec parcimonie en raison de la concurrence des autres usages (alimentation, matériaux, construction, chimie du végétal). La biomasse se stocke facilement et ne devrait être utilisée en énergie que comme secours pendant les périodes ou l’électricité renouvelable est produite en quantité insuffisante.

L’impôt unique sur l’énergie ne s’appliquant pas aux déchets, on favorisera une valorisation énergétique des déchets qui ne peuvent plus être recyclés et leur non abandon dans les villes, la campagne ou les océans (7ème continent plastique)

 

Une surtaxe variable sur les énergies fossiles ?

L’urgence climatique en matière de gaz à effet de serre, la nécessaire comptabilisation des externalités négatives ainsi que l’objectif de stabiliser la rentabilité des investissements dans les énergies renouvelables dans l’Union Européenne justifient une surtaxe sur les énergies fossiles, en sus de l’impôt sur l’énergie, sauf bien entendu si le CO2 émis est capté et stocké

Cette surtaxe compenserait la différence entre le cours mondial de ces énergies et un prix plancher, fixé à un niveau équivalent à de 120 dollars le baril

Neutralité fiscale pour le consommateur 

Ce n’est pas parce que les états de l’UE vont prélever l’impôt sur l’énergie et la surtaxe sur les énergies fossiles que les états de l’UE doivent dépenser plus. Ces impôts doivent provoquer une baisse d’un montant équivalent d’autres impôts ou servir à financer un éventuel revenu universel
Un alignement des astres en matière d’impacts favorables de l’impôt sur l’énergie

1) modèle énergétique plus économique que l’actuel et que celui des USA si on suppose que les USA conservent le leur : gaz et pétrole de schiste bon marché avec la conséquence inévitable de ce modèle : le gaspillage énergétique. En effet la technologie actuelle en matière d´énergies renouvelables, d’efficacité énergétique et de procédés circulaires, et l’explosion des connaissances technologiques en cours permettent de quitter sans regret l’ancien monde et de s’engager avec confiance dans la transition énergétique pour faire émerger un nouveau monde plus performant y compris sur le plan du coût économique de son volet énergétique.

L´impôt sur l’énergie et la surtaxe peuvent être décidés par l’UE, indépendamment de ce que font les autres pays où groupes de pays. On peut penser, compte tenu des avantages générés par l’impôt sur l’énergie, que l’UE sera rapidement imitée, y compris par les USA et que l’exemplarité de l’UE sera le moteur d’une transition énergétique au niveau de la planète

Remarque : Si la totalité des états de l’Union Européenne ne souhaitait pas adhérer dès le début de la mise en place (règle de l’unanimité en matière fiscale), on peut envisager une mise en place partielle comme cela a été fait pour l’euro

2) sortie quasi totale de l’UE des énergies fossiles et nucléaires avant 2050

3) doublement au minimum, voire triplement dans l’UE, de l’efficacité énergétique avant 2050

4) développement vigoureux de l’économie circulaire (les procédés de production circulaire ont la particularité de consommer beaucoup moins d´énergie que leur équivalent linéaire) ce qui d’ailleurs vient totalement sécuriser l’objectif de doublement de l’efficacité énergétique avant 2050 cité ci-dessus

5) concrétisation d´une avance majeure de l’UE dans toutes les technologies du nouveau monde

6) simplification considérable de l´action des états de l’UE pour réussir la transition énergétique, l’efficacité énergétique et l’économie circulaire : suppression des subventions, des quotas CO2 et des tarifs de rachat etc…..

7) financement des investissements nécessaires par les particuliers et les entreprises, ce qu’ ils feront avec une forte motivation puisqu’ avec l’impôt sur l’énergie , les rentabilités de ces investissements seront attractives (sauf en ce qui concerne le fort renforcement des lignes électriques qui devra être pris en charge par les états de l’UE ou leur société étatique dédiée comme ERDF en France)

8) élimination de la pollution atmosphérique dans les villes

9) élimination du risque de marée noire et d’incident nucléaire

10) indépendance énergétique

11) villes campagnes et océans plus propres en raison de la revalorisation énergétique des déchets non recyclés

12) Attractivité de l’UE pour les investisseurs internationaux : clarté et cohérence de la vision, environnement économique prévisible.

 

Marc Roquette