Les freins à l’investissement coopératif notamment dans le cadre des SCIC sont puissants. Comme l’a très bien souligné l’IDDRI dans son étude des facteurs de succès du financement citoyen des énergies renouvelables en Allemagne, (Noémie Poize (RAEE), Andreas Rüdinger (Iddri), « Projets citoyens pour la production d’énergie renouvelable : une comparaison France-Allemagne » , IDDRI, working paper, janvier 2014.), le retour sur investissements permis par les formes juridiques allemandes, associés à une souplesse juridique, apparaît comme une raison clé de ce succès. «
La rentabilité des sociétés coopératives ne constitue pas un tabou, mais représente au contraire un élément clé du déploiement massif des projets renouvelables citoyens. Profitant d’un cadre réglementaire relativement favorable et d’un accès aux prêts préférentiels de la KfW, ces coopératives affichent un retour sur investissement de 4 % en moyenne».
En outre, cette tendance s’élargit à d’autres secteurs que la production d’électricité pure « comme en témoigne le nombre croissant d’initiatives citoyennes visant à développer des réseaux de chaleur ou encore à devenir distributeur d’énergie à l’échelle locale, souvent en s’associant avec une régie municipale existante ». Ainsi organisée, l’initiative citoyenne est capable d’initier et d’entreprendre des infrastructures lourdes, traditionnellement réservées aux seuls investissements étatiques ou de grandes entreprises multinationales. Réalisées de façon décentralisée, par propagation virale, quartier par quartier, territoire par territoire, ces initiatives ont permis aux citoyens de devenir des investisseurs de leurs infrastructures essentielles.

En France, les structures coopératives sont lourdes à monter, davantage que les structures juridiques traditionnelles de l’entreprise. En outre, les retours sur investissement pour les actionnaires des coopératives, notamment des SCIC sont limités. Pour les SCIC par exemple, plus de la moitié des bénéfices doit être alloué au capital de la coopérative. La distribution des bénéfices restants ne peut dépasser le taux moyens des obligations (TMO), ce qui est particulièrement inintéressant par rapport à d’autres investissements. Pour exemple, le TMO était de 0,86 % en février 2015, et à son niveau le plus élevé de ces 4 dernières années, il n’a pas dépassé 3,95% (avril 2011). Cette limitation rend l’investissement actionnaire particulièrement inintéressant pour un public autre que pur philanthrope. Si un retour sur investissement de 4% serait loin de satisfaire les actionnaires traditionnels des grosses entreprises, pour les particuliers, ce taux de 4% est souvent supérieur aux rendements de l’épargne proposés par les banques.
Il est donc aisé de changer les règles pour rendre cet investissement si ce n’est attractif du moins tout à fait compétitif avec les propositions bancaires.