La décentralisation énergétique est à la fois l’affaire des habitants et des collectivités qui doit pouvoir s’appuyer sur le tiers financement.

Multiplier les coopératives d’habitants
Cette décentralisation énergétique est le point central tout simplement parce qu’il concentre les objectifs de localisation, d’efficacité énergétique, qu’il est rendu possible par le digital et le progrès technologique indéniable et qu’il correspond précisément à la société de réseaux qui celle du XXIe siècle. Dominique Bourg (audition en annexe) explique très clairement que pour juger de l’impact sur le changement climatique des différentes sources énergétiques, il convient de prendre en considération au regard de l’énergie produite, celle qui est nécessaire à la production. Ce ratio s’appelle le ROI (Ratio Energy Return and Energy Invest). Si on utilise ce ratio, pour le pétrole conventionnel, il est de un baril dépensé pour 30 barils produits , pour les sables bitumineux, le rapport n’est plus que de un à trois ou cinq ce qui signifie que si on ajoute le coût du transport, le ratio est nul. Pour les énergies renouvelables, le ratio est faible mais il devient tout à fait positif lorsque l’énergie est consommée sur place, les énergies renouvelables sont tout à fait rentables au regard de cet objectif si elles sont inscrites dans la décentralisation énergétique
.Peut-être est-ce pour cette raison que les investisseurs sont parfois réticents à financer les projets de décentralisation énergétique, les activités étant considérées comme peu rentables. Cependant, des taux de 4 % sont fréquents et dans la Vienne, le réseau SOREGIE aboutit à des possibilités de rendement plus importants encore. De plus, l’exemple allemand danois démontre l’intérêt de ces investissements en raison du bénéfice local qui en est retiré.
Il est, tout d’abord, indispensable de favoriser à tout prix la décentralisation énergétique, c’est la condition même des synergies territoriales et de l’entrée effective dans la transition. À cet égard, les expériences comme celle d’Energie partagée, d’ERCISOL et de Green Research devraient être très largement développées dans toute la France. Tous les citoyens qui le souhaitent devraient pouvoir se constituer en coopérative d’habitants pour réaliser sur leur territoire des projets d’énergie renouvelable dont ils seraient les acteurs et les bénéficiaires. Les banques locales devraient pouvoir financer ces projets, qui s’en sont sans aucun risque financier. Et, ce faisant, ces projets s’inscriraient dans la conception générale de localisation dont il a été question précédemment. La loi sur la transition énergétique constitue un progrès en prévoyant que le financement de projets de production d’EnR par des citoyens pourra être proposé via des prestataires de services d’investissement.

Permettre aux collectivités locales de revenir à la régie
Les collectivités locales devraient pouvoir reprendre en main en régie non seulement la production mais la vente de l’électricité, comme à Montdidier. Cela implique une modification de la loi pour le permettre. Dans le même temps, et s’agissant des régies existantes, EDF devrait être contraint de s’en retirer.

Réussir la transition énergétique dans les territoires, c’est d’abord leur laisser le libre choix de la trajectoire et de leur mix énergétique sans avoir à réclamer l’accord préalable d’EDF. Or, le risque est grand de voir bloquer les choix des collectivités locales puisque la loi à venir envisage de soumettre à agrément c’est-à-dire à un droit de veto de ERDF les infrastructures locales.
De plus, la stratégie Linky ,outre le fait qu’elle est sans aucun intérêt pour les consommateurs, constitue en réalité un moyen détourné de prolonger les contrats de concession de distribution d’électricité sans respecter le droit de la concurrence et le droit d’autogestion des collectivités. En effet, les réseaux appartiennent aux collectivités locales et sont concédés. EDF cherche à justifier les prolongations de concession grâce à l’investissement Linky. On ajoutera enfin que Linky est un compteur franco-français sans aucune chance d’exportation, un peu le Minitel du smart-grid ou le Bi-Bop de la transition énergétique !

Assurer le développement du tiers financement.
Le rôle joué par la KfW en Allemagne est majeur dans le succès de la transition et du développement des EnR.
Ces sociétés de financement doivent pouvoir bénéficier d’un refinancement à bas coûts. Sans doute, certains critiquer le fait que les fonds étrangers soient ceux de grandes entreprises qui sont précisément des fournisseurs d’énergie comme Siemens. Mais, l’essentiel est qu’il puisse y avoir une concurrence et que les solutions optimisées puissent être choisies.