39 – Introduire plus d’équité dans la répartition de la marge et les chaînes de valeur

La répartition des marges est une question essentielle. Il s’agit en effet de savoir comment elle est rémunérée et à qui elle va. Cette question n’a jamais abouti et elle est pourtant essentielle. Elle se pose au niveau de l’économie locale pour faire en sorte que la marge reste au territoire ,il en va de même dans les rapports entre TPE et grands groupes où la marge est captée par les grands groupes au détriment des plus faibles. Tant que l’on restera dans ce système, il est tout à fait clair que le Nouveau Monde ne pourra pas se développer.
La question est d’autant plus centrale qu’avec l’énergie solaire d’une part et Internet d’autre part nous débouchons sur une nouvelle abondance. La question est bien entendu celle de savoir où iront les marges constituées sur ces richesses quasi infinies. Va-t-on aller vers un système de coût marginal zéro comme le propose Jérémy Rifkin ou au contraire vers un renforcement du GAFA, qui priverait tous les autres acteurs des retombées réelles de ce nouvel eldorado.
Cette question de la marge rejoint celle de la création de la chaîne de valeur. En effet, les technologies innovantes ne peuvent pas se déployer sans la création de nouvelles chaînes de valeur. Par exemple, la voiture électrique nécessite de nouvelles infrastructures, la création de services d’entretien spécifique, le service de remplacement de gestion des batteries et si possible que les constructeurs mettent en place des mécanismes de reprise des anciens véhicules. Tant que l’ensemble de cette chaîne de valeur n’est pas en place le marché ne se développe pas. Le même raisonnement peut être appliqué à la chaîne de service de la rénovation énergétique issue de la conjugaison des nouvelles technologies d’un marché à faire émerger à savoir 15 millions de logements rénovés en France, 10 fois plus en Europe au travers de plates-formes agrégeant notamment, sensibilisation, information, formation, outil d’aide à la décision, compétence, financement, suivi etc. Il s’agit donc d’avoir une approche transverse, systémique qui pose dès l’origine la question de la création de valeur et de la répartition de la marge.

38 – Valoriser et promouvoir les acquis de l’Economie Sociale et Solidaire

Notre pays, avec le développement d’économie sociale et solidaire, dispose d’un réseau de coopératives, de mutuelles et de sociétés dont le profit n’est pas la finalité même si la rentabilité est une nécessité. Cette nouvelle philosophie se développe massivement dans le monde et la France dispose d’atouts qu’elle pourrait valoriser beaucoup mieux. Mais, d’ores et déjà ce secteur économique représente 10 % de PNB et ne cesse de croître.
Il est essentiel de souligner que si une partie de ce secteur est une économie aidée, une très grande partie est une économie parfaitement rentable mais dont les chefs d’entreprises ont décidé de réinvestir au sein de l’entreprise et de fonctionner sur une base coopérative ou mutualiste
Or, le monde de l’ESS pourrait être un formidable innovateur dans l’économie du partage et d’accès. Il doit oser sortir de ses domaines de prédilection pour aller davantage vers le Nouveau Monde.

En définitive, se dessine un panorama des entreprises en fonction de leur accès ou non au capital lequel conditionne largement l’accès ou non au financement externe. Pour les entreprises dont les investissements ne suffisent pas en termes de rentabilité, la question est de leur permettre d’accéder au capital et l’ESS est effectivement une solution. D’autres solutions sont envisageables comme le financement participatif ,mais c’est l’idée du bien commun qui doit permettre d’établir des priorités

37 – Créer le réseau des « entreprises libérées »

L’opposition entre « entreprises du pourquoi « et « entreprises du comment » fait son chemin en valorisant les entreprises dites « libérées ». Il s’agit des entreprises qui ont fait le choix de ne plus réfléchir au comment qui implique une hiérarchie et une réglementation multiforme, en optant pour une entreprise du pourquoi qui fixe des objectifs mais laisse la liberté aux salariés de s’organiser au mieux pour les atteindre. Les résultats en termes d’efficacité et de rentabilité de ces entreprises qui donnent du sens à l’action collective comme à l’action individuelle sont sans commune mesure (voir Isaac Getz et Brian M. Carney « Liberté et compagnie » aux Editions Fayard 2012). Un certain nombre d’entreprises de taille diverse sont entrées dans cette logique comme Michelin, Favi en Picardie, Harley Davidson, Poult à Montauban, Chrono Flex à Nantes. Ce qui est intéressant, c’est que les activités de ces entreprises appartiennent toutes à l’Ancien Monde mais qu’elles sont en train de se réinventer dans leurs produits, dans leur système de conception, production et commercialisation mais aussi dans leur propre mode de gouvernance. Ces organisations nouvelles sont en ligne avec les enjeux de l’économie circulaire et la nécessité de tout mettre en œuvre pour assumer pleinement les responsabilités sociétales de l’entreprise , Elles participent au même combat qu’un certain nombre de startups et annoncent une nouvelle économie compétitive, responsable et solidaire (voir note ICDD). En effet, cette gouvernance horizontale et non plus verticale se rapproche de nouvelles techniques comme la sociocratie, l’holocratie, des propositions d’organisation comme le MOP21, mouvement pour l’organisation et le management du XXIème siècle . Il conviendrait qu’un réseau de ces entreprises d’un nouveau type puisse se constituer. Il pourrait convaincre davantage d’entreprises d’entrer dans cette logique, qui est aussi celle d’une nouvelle efficacité. Il pourrait également constituer un appui au décollage des startups de la nouvelle économie