73 – Engager une autre politique pour EDF-Énergies nouvelles

L’attitude d’EDF à l’égard des petits acteurs est extrêmement critiquée. Certes, EDF énergies nouvelles est un acteur très puissant des énergies renouvelables… mais quasi uniquement à l’étranger. En France, sa politique consiste, alors que le marché est extrêmement étroit, à s’assurer de l’absence de filières françaises grâce à l’absence de commandes publiques. Ainsi, au motif que les projets de moins de 100 millions d’euro n’ont aucun intérêt, les petits projets sont rejetés ou à l’abandon. En hydroélectricité 500 millions d’euro ont été dépensés pour la maintenance des installations EDF, mais en revanche huit petites installations sont arrêtées faute de financement. Pourtant, 156 installations potentielles de petite hydroélectricité permettraient de produire 3GWh. Nous disposons de tous les acteurs et de tous les outils pour faire de notre pays un grand acteur mondial du renouvelable. Il ne manque que la volonté et le plan permettant d’assurer le passage entre le modèle ancien et le Nouveau Monde.

Tant en ce qui concerne la production électrique (baisse du nucléaire annuelle compensée par hausse du renouvelable et de l’efficacité énergétique) que la formation permettant aux agents d’EDF de se former à d’autres métiers dans le domaine énergétique.

72 – Assurer une réelle indépendance de la CRE (Commission de Régulation de l’Électricité) et des gestionnaires de réseaux

Indépendance de la CRE L’indépendance de la CRE Commission de régulation de l’électricité) extrêmement liée à l’industrie nucléaire est réclamée par les acteurs économiques ,celle-ci devrait être composée des acteurs de l’ancien comme du Nouveau Monde.

Assurer l’indépendance des réseaux
Réussir la transition énergétique, c’est assurer l’indépendance totale des gestionnaires de réseaux, et prioritairement modifier la gouvernance d’ERDF pour arrêter l’évaporation du TURPE qui refinance EDF dans ses activités de diversification (Secteur marchand, EnR, nucléaire à l’international) et empêche l’innovation et les PME de se développer. Le même raisonnement peut être appliqué à GRDF, mais les concurrents potentiels (les fournisseurs de canalisation gaz) ont quitté la France depuis bien longtemps.
Le TURPE doit être entièrement revu. Il n’est en effet pas acceptable que chaque consommateur, même celui qui a choisi un autre fournisseur qu’EDF, continue à financer EDF via le TURPE qui n’est pas dépensé pour l’entretien et le renouvellement des réseaux électriques, mais transféré vers EDF qui préfère faire pression sur ses fournisseurs industriels, au prix de l’emploi industriel et de la sous- traitance en France.

71 – Rééquilibrer le financement en faveur du renouvelable

Pour l’éolien, France Energie Eolienne estime que l’on pourrait passer à 2000 MWh par an ce qui permettrait d’atteindre 25 % du mix énergétique compensant la perte de 25 % de la part du nucléaire. Cela représenterait 50 000 GW dont 15 000 pour l’offshore. Pour y parvenir, il faudrait simplement le vouloir c’est-à-dire déverrouiller les territoires et en particulier réduire les contraintes militaires qui, brutalement sont venus geler 40 % du territoire ! Il est évident que le développement local, par les citoyens, de l’éolien permettrait également de débloquer les situations et d’éviter les contentieux illégitimes, c’est-à-dire motivés par des raisons qui n’ont rien à voir avec l’esthétique derrière laquelle les auteurs de recours se cachent. Sur le plan financier, cela représenterait un investissement de 3 milliards par an, soit 45 milliards sur 15 ans. Quant au solaire, il est en passe de devenir la grande énergie du XXIème siècle (3.2.1.1.1.).

Ces investissements doivent être financés ce qui impliquera la question des modalités du financement et surtout du rééquilibrage entre les investissements en faveur du nucléaire (en séparant la question de la mise en sûreté des sites anciens et de la prolongation de leur durée de vie, de la question de la poursuite d’un nouveau programme nucléaire manifestement hors d’atteinte s’il s’agit de démultiplier les EPR et les investissements à destination de l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables

70 – Assurer la vérité des prix de l’énergie

Les acteurs réclament une véritable concurrence dans les prix ce qui n’est évidemment pas le cas aujourd’hui.
La vérité des prix passe notamment par la clarification des chiffres et approches concernant le financement des infrastructures

a. liés au nucléaire (démantèlement, amélioration des sites existants et construction de nouveaux sites)

b. liés au développement des ENR que ce soit en promotion directe d’investissements ou en rachat d’électricité via des tarifs stabilisés dans la durée.

Cet effort est un préalable, mais il n’est pas suffisant.

EDF continue en réalité à bénéficier d’un monopole dans le domaine de l’électricité. Des acteurs essentiels comme Enercoop sont pénalisés comme le sont d’autres acteurs qui cherchent entrer sur le marché français y compris pour vendre de l’électricité verte. En réalité, bien peu de Français savent qu’ils peuvent acheter de l’électricité renouvelable et à cet égard, les distorsions de concurrence sont permanentes et jamais poursuivies.
En 2016, le système des prix réglementé devrait cesser et la question du vrai coût du nucléaire devrait alors se poser avec acuité.

69 – Faire de la décentralisation énergétique un impératif

La décentralisation énergétique est à la fois l’affaire des habitants et des collectivités qui doit pouvoir s’appuyer sur le tiers financement.

Multiplier les coopératives d’habitants
Cette décentralisation énergétique est le point central tout simplement parce qu’il concentre les objectifs de localisation, d’efficacité énergétique, qu’il est rendu possible par le digital et le progrès technologique indéniable et qu’il correspond précisément à la société de réseaux qui celle du XXIe siècle. Dominique Bourg (audition en annexe) explique très clairement que pour juger de l’impact sur le changement climatique des différentes sources énergétiques, il convient de prendre en considération au regard de l’énergie produite, celle qui est nécessaire à la production. Ce ratio s’appelle le ROI (Ratio Energy Return and Energy Invest). Si on utilise ce ratio, pour le pétrole conventionnel, il est de un baril dépensé pour 30 barils produits , pour les sables bitumineux, le rapport n’est plus que de un à trois ou cinq ce qui signifie que si on ajoute le coût du transport, le ratio est nul. Pour les énergies renouvelables, le ratio est faible mais il devient tout à fait positif lorsque l’énergie est consommée sur place, les énergies renouvelables sont tout à fait rentables au regard de cet objectif si elles sont inscrites dans la décentralisation énergétique
.Peut-être est-ce pour cette raison que les investisseurs sont parfois réticents à financer les projets de décentralisation énergétique, les activités étant considérées comme peu rentables. Cependant, des taux de 4 % sont fréquents et dans la Vienne, le réseau SOREGIE aboutit à des possibilités de rendement plus importants encore. De plus, l’exemple allemand danois démontre l’intérêt de ces investissements en raison du bénéfice local qui en est retiré.
Il est, tout d’abord, indispensable de favoriser à tout prix la décentralisation énergétique, c’est la condition même des synergies territoriales et de l’entrée effective dans la transition. À cet égard, les expériences comme celle d’Energie partagée, d’ERCISOL et de Green Research devraient être très largement développées dans toute la France. Tous les citoyens qui le souhaitent devraient pouvoir se constituer en coopérative d’habitants pour réaliser sur leur territoire des projets d’énergie renouvelable dont ils seraient les acteurs et les bénéficiaires. Les banques locales devraient pouvoir financer ces projets, qui s’en sont sans aucun risque financier. Et, ce faisant, ces projets s’inscriraient dans la conception générale de localisation dont il a été question précédemment. La loi sur la transition énergétique constitue un progrès en prévoyant que le financement de projets de production d’EnR par des citoyens pourra être proposé via des prestataires de services d’investissement.

Permettre aux collectivités locales de revenir à la régie
Les collectivités locales devraient pouvoir reprendre en main en régie non seulement la production mais la vente de l’électricité, comme à Montdidier. Cela implique une modification de la loi pour le permettre. Dans le même temps, et s’agissant des régies existantes, EDF devrait être contraint de s’en retirer.

Réussir la transition énergétique dans les territoires, c’est d’abord leur laisser le libre choix de la trajectoire et de leur mix énergétique sans avoir à réclamer l’accord préalable d’EDF. Or, le risque est grand de voir bloquer les choix des collectivités locales puisque la loi à venir envisage de soumettre à agrément c’est-à-dire à un droit de veto de ERDF les infrastructures locales.
De plus, la stratégie Linky ,outre le fait qu’elle est sans aucun intérêt pour les consommateurs, constitue en réalité un moyen détourné de prolonger les contrats de concession de distribution d’électricité sans respecter le droit de la concurrence et le droit d’autogestion des collectivités. En effet, les réseaux appartiennent aux collectivités locales et sont concédés. EDF cherche à justifier les prolongations de concession grâce à l’investissement Linky. On ajoutera enfin que Linky est un compteur franco-français sans aucune chance d’exportation, un peu le Minitel du smart-grid ou le Bi-Bop de la transition énergétique !

Assurer le développement du tiers financement.
Le rôle joué par la KfW en Allemagne est majeur dans le succès de la transition et du développement des EnR.
Ces sociétés de financement doivent pouvoir bénéficier d’un refinancement à bas coûts. Sans doute, certains critiquer le fait que les fonds étrangers soient ceux de grandes entreprises qui sont précisément des fournisseurs d’énergie comme Siemens. Mais, l’essentiel est qu’il puisse y avoir une concurrence et que les solutions optimisées puissent être choisies.

68 – Mettre en place la révolution numérique dans l’énergie

Le numérique est en train de bouleverser complètement le système énergétique et de rendre le système de production décentralisée incontournable. Dès lors, c’est bien combat d’arrière-garde qui est mené mais qui, en attendant, interdit à une grande filière française du renouvelable de se constituer et cherche à créer des obstacles juridiques et financiers à une décentralisation énergétique que certains cherchent néanmoins à mettre en place.
De toutes façons, le numérique va, quelles que soient les réticences des uns ou des autres, bouleverser profondément les modes de consommation et de production. (Annexe contribution Gilles Babinet)

La consommation

Le numérique est au cœur de l’efficacité énergétique.
Comme le démontre l’étude du Cabinet CAP GEMINI CONSULTING : penser énergies renouvelables c’est d’abord penser « système intelligent de gestion d’énergie » (SIGE), compteur intelligent qui pilote la consommation domestique, industrielle et urbaine associée à une bonne anticipation des besoins, une corrélation efficiente entre consommation et production. Gilles Babinet propose l’exemple du « Green IT pour comprendre le type de système à mettre en place. Il s’agit d’un concept développé par le Cluster Green Lab Center à Nantes qui vise à réduire l’empreinte écologique, économique et sociale des technologies de l’information et de la communication. En fait, il s’agit de réduire les nuisances des équipements informatiques sur toute leur durée de vie fabrication, utilisation, (consommation d’énergie), fin de vie (gestion récupération des déchets, pollution, épuisement des ressources non renouvelables).
Le triptyque DATA CENTER, BIG DATA objets connectés peut être gourmand en énergie et en impact carbone, or, il faut des DATA CENTER de plus en plus grands, de plus en plus sécurisés, de plus en plus performants et donc de plus en plus énergivores.
La question est donc celle du rapport de l’énergie utile sur l’énergie consommée. Mais bien entendu, le sujet ne se limite pas aux Data center. Ce sont tous les consommateurs qui sont concernés par l’accès aux compteurs intelligents , c’est la raison pour laquelle le choix du compteur Linky ne peut qu’être contesté dans la mesure où il n’apporte absolument pas aux consommateurs des informations dont celui-ci peut avoir besoin. Il est fort à parier que dans les années qui viennent d’autres énergéticiens qu’EDF proposeront des compteurs intelligents beaucoup plus performants et favorables aux consommateurs qui remiseront le compteur Linky au rayon des accessoires dépassés.

La production
Pour toutes les énergies renouvelables, le numérique joue bien entendu un rôle majeur. En effet, il permet déjà et le fera de manière croissante, d’utiliser les différentes sources d’énergies renouvelables à bon escient et de façon complémentaire. C’est ce qui permettra la mise en place de smart green efficient et intelligent pour harmoniser les offres et les besoins.
Malheureusement, dans la réalité nous en sommes loin. C’est pourtant une source d’activités et de création de valeur exceptionnelle. C’est la raison pour laquelle les actions doivent être menées pour qu’une industrie française puisse se développer sur le territoire.

67 – Prendre le virage du solaire

La focalisation autour de l’énergie nucléaire, quelles que soient ses difficultés qui vont croissantes constitue un blocage qui est l’origine des faiblesses à répétition du secteur de la transition énergétique à savoir des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. La législation, le financement, la fiscalité, sont la cause du très faible développement du renouvelable en France qui a finalement assez peu progressé en 20 ans et qui aujourd’hui est dans l’incapacité d’atteindre les objectifs fixés dans le cadre communautaire pour 2020. La loi sur la transition énergétique constitue un tournant mais elle reste encore pour partie au mileu du gué.
Les différents acteurs qui ont été rencontrés au cours de la mission, que ce soit dans le cadre de l’éolien, de la petite hydroélectricité, du solaire, du bois sont unanimes pour décrire les obstacles insurmontables auxquels ils se heurtent. Pourtant, nous devrions tous comprendre que ce combat mené par l’industrie nucléaire et ses soutiens est un combat perdu à terme pour la simple raison que le nucléaire est en passe de devenir l’énergie la plus chère du monde.
Le solaire (principalement photovoltaïque) devient la grande énergie du XXIème siècle. Le changement de paradigme est d’abord économique et stratégique. La ressource exploitable sur le territoire national excède 35 000 TWh/an, soit plus de 70 fois la consommation électrique du pays, ce qui en fait de très loin notre première ressource naturelle. Son coût est aujourd’hui égal ou inférieur à celui des autres sources d’énergie : des parcs solaires vont être construits en France en 2015 avec un tarif (T5) de 70 €/MWh, et la baisse se poursuit à un rythme supérieur à 5% par an. C’est déjà un niveau comparable à celui d’énergies conventionnelles, dont les coûts sont durablement orientés à la hausse, telles que le gaz naturel et le nucléaire (dont le coût a été estimé à 62 €/MWh en 2014 par la Cour des Comptes pour le parc existant – avec une approche minimaliste des coûts de stockage et de démantèlement).
La mutation est aussi technologique, sociale et territoriale. L’énergie solaire, qui peut être produite partout, est ainsi le vecteur idéal de l’autoproduction et s’inscrit parfaitement dans l’économie du Nouveau Monde.
Produire localement et consommer intelligemment (modulation de la demande, stockage d’électricité sous forme de chaleur (ballon d’eau chaude) ou de froid, ou encore dans des batteries stationnaires ou embarquées), telle est la nouvelle logique des réseaux distribués.